Un jeune plumeur flambe un oiseau
Un jeune plumeur flambe un oiseau

L’activité est encore tapis dans l’informel et les jeunes chercheurs d’emploi devenus plumeurs, ont réussi à se faire un place incontournable dans la restauration des hôtels, des ménages et des restaurants.

Plumer la volaille est un exercice certes banal, mais aujourd’hui, cet acte prend de l’ampleur dans nos espaces marchands au Cameroun. Dans la plupart des lieux de vente de la volaille notamment poulets, canards, pigeons etc. Des abattoirs y sont érigés. C’est le cas au marché New-Deido à Douala. Dans cet espace marchand, l’endroit réservé, à la vente de la volaille accueillent près de trois abattoirs. Sans compter des petits abattoirs dressés par des individus à côté des vendeurs de poulets. Mais dans ce marché, l’abattoir, le plus visible est sans aucun doute celui se trouvant à l’arrière du marché de la volaille. Dans ce lieu, trois grandes bâtisses font offices de lieu d’abattage. Mais l’une d’entres elles notamment celle située au centre est réservée au bétail. Tandis que les deux autres sont consacrées aux plumeurs de volailles.

Au premier regard, cet endroit est très sale, mais manifestement, c’est ici que s’effectuent la plupart des opérations de plumage de la volaille. En cette matinée du mercredi 4 mars 2014, les plumeurs sont déjà à l’œuvre. Dans chacun des lieux d’abattage, un feu de bois est allumé. Sur chaque foyer, un vieux fût noirci par les flammes et recouvert de graisses est placé. Dans la première salle d’abattage, des plumes de poulets jonchent le sol. Du sang et de l’eau mêlée recouvrent le sol. Une vingtaine de récipients déchirés, vieux et sales est disposée à l’entrée de cette pièce, tandis que les autres sont posés vers le recoin gauche de la salle. Parmi ces récipients, ceux en matières plastiques contiennent des poulets déjà plumés.

Les murs de cette enceinte qui font office de lieu de travail de ces plumeurs, sont noircis par les flammes. Une odeur de pourriture d’excréments, envahit la pièce. Ici, un jeune homme d’une quarantaine d’années s’attèle à plumer le poulet avec ses doigts. Et, d’un geste rapide, il vide l’intérieur de la volaille. L’oiseau vidé, est ensuite trempé dans un sceau d’eau. Et, c’est à l’aide d’un couteau que le reste de plumes de l’animal est enlevée. « Lorsque vous plumez avec les mains, il y reste toujours de petites plumes encrées dans la peau du poulet. Il faut donc le racler avec du couteau, pour rendre le poulet plus propre comme le demande nos clients », explique Romuald Tonye, plumeur de volaille. La conversation avec ce dernier est interrompue, par l’entrée pressante d’un autre plumeur dans la pièce. Ce dernier, visiblement vient de repérer des clients à l’entrée du marché et s’empresse d’étaler les volailles plumées sur le comptoir. Il est rejoint quelques secondes plus tard par un autre plumeur pour faire les décomptes. Celui-ci, transmet les indications à suivre pour la livraison de leurs poulets avant empaquetage. « Il s’agit de la commande d’un client, et maintenant nous allons la lui donné », indique le jeune homme en se dirigeant d’un pas rapide vers la sortie, le paquet sur le dos.

Clients

Et, pendant que cette équipe s’empresse pour la livraison, les activités de plumages continuent de battre leur plein dans l’enceinte de l’abattoir. A l’opposé de cette pièce, un jeune homme vertu de pantalon jean et des bottes déverse les poules encore vivantes empaquetées dans un sac, dans l’un des récipients déjà entaché de sang et d’excréments de poules. Malgré l’odeur de « pipi » qui se dégage dans le petit drain érigé tout près de la casse d’abattoir, les plumeurs restent imperturbables dans leur activité. Ceux-ci, échangent plutôt le sourire avec des personnes qui viennent se soulager dans le drain, qui côtoie leur abattoir. Les poulets vivants entassés, sont par la suite débarrasser de leur tête. Les pattes et les ailles de l’oiseau sont solidement tenus par le plumeur, « pour éviter que l’animal ne se débatte et meurt dans le calme », lance ironiquement Anselme T., plumeur. Pendant que les poulets sont tués, un fût rempli d’eau est porté en ébullition. « Quand l’eau est prête, nous versons les poulets à l’intérieur et on remue, ensuite on les sort de l’eau avec nos mains et on commence à les plumer », explique Elvis Kenfack, plumeur de poulets depuis près de 3 ans.

Les poulets plumés, sont par la suite transmit à l’équipe en charge du rinçage des poulets avant de les empaqueter. Le prix du plumage du poulet varie entre 50 FCFA et 200FCFA. C’est en tout cas les prix pratiqués dans la plupart des abattoirs des espaces marchands de la ville de Douala, notamment au marché Central. Pour les 50 poulets qu’a plumés Elvis Kenfack, chaque volaille le revient à 100 FCFA. D’où un montant de 5000FCFA sur cette marchandise. L’on apprend auprès de ces plumeurs, qu’ils peuvent plumer entre 50 et 200 poulets par jour. Mais, le montant du plumage dépend du calibre des animaux. Des revenus journaliers pareils, ils peuvent en faire tous les jours. Même pendant les périodes mortes pour certains. « Le jour où, il y a pas d’activité nous pouvons faire au moins 50 poulets par jour », affirme Jerry un autre plumeur. Pour cette seule journée du mercredi 4 mars 2015, il a en déjà fait 70 poulets, ce avant midi, d’où la rondelette somme de 7000FCFA.

La clientèle des plumeurs est plutôt variée. Elle se recrute aussi bien parmi les ménagers, que les restaurateurs, les hôtels et les supermarchés. « Lorsque nous avons de grandes quantités de poulets, c’est pour les livrer dans les restaurants, certains nous passent directement les commandes, on achète les poulets, on nettoie et on les livre à domicile », explique l’un d’entre eux. Pour la plupart, c’est en effet grâce à ses gros clients externes qu’ils engrangent de bénéfices dans le plumage de la volaille. Aussi rudesse que peut être leur travail, ces plumeurs sont solidaires. Ainsi, certaines grosses commandes peuvent se partager et se faire en groupe pour faciliter le travail et livrer la marchandise à temps et en heure comme convenu avec les clients, fait savoir Martin Roger Fogou, plumeur. A en croire ce dernier, c’est généralement pendant les périodes de fêtes notamment celles de fin d’année que les commandes abondent. Pendant cette période, ils peuvent assurer le plumage de près de trois clients par jour, soit environ 150 à 300 poulets. « En ce moment, il est important de travailler en équipe pour que le travail aille vite », affirme Alex, un plumeur du marché central de Douala.

Concurrence

L’activité de ces petits plumeurs fait concurrence, aux grandes fermes, qui possèdent des outils modernes pour le plumage de poulet, c’est le cas notamment de la Société de distribution des produits frais et congelés (Sofco) située à Bonaberi. Car des fois, ces grandes structures font souvent appel aux services de ces petits plumeurs de volaille. « Nous y allons souvent dans ces grandes fermes pour plumer les poulets », révèlent les plumeurs. Malgré les revenus liés à cette activité, nombreux sont les plumeurs de volailles qui souhaitent abandonner ce travail. Car, pour la plupart ce métier ne les satisfait pas entièrement. Cela dit, ces derniers rencontrent beaucoup de difficultés dans l’abattage des oiseaux. Notamment, des cas de vols, opérés par des malfrats dans les cages des volailles. Les pertes sont aussi enregistrées, « lorsque l’eau que nous avons porté en ébullition deviens trop chaude, peau poulet devient trop cuir et s’arrache quand nous les plumons. Et, les clients refusent de prendre ce type de poulet », explique Ladislous Enongwa, plumeur depuis 25 ans au marché New-Deïdo. Bien plus, expliquent les plumeurs « il faut gérer les différends avec les clients, qui après le plumage de leurs poulets refusent de reconnaitre leur animal remis pour le travail. Ce genre de situation arrive très souvent et ce lorsque le client est pressé », explique Elvis Kenfack, plumeur. En outre, le manque d’outils de travail, notamment les gans, et les bottes, handicape également l’activité des plumeurs. Dans les équipes de plumeurs qui inondent les marchés, l’on y retrouve des jeunes diplômés, contraints de se rabattre dans cette activité encore dans l’informelle. Oscar Mboumbang, est diplômé en master et finances comptabilité à l’université de Douala, il exerce l’activité depuis près de 20. « Nous exerçons dans l’informel. Et nous ne payons pas d’impôt. Ce que nous gagnons n’est pas très signifiant. Mais ici contrairement ailleurs nous sommes libres d’exercer, on peut venir au travail quand on veut et on repart quand cela nous enchante. Le travail est individuel, nous essayons de combler nos quotidiens en attendant le meilleur », relève-t-il...

Ghide

un plumeur à l'oeuvre

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le plumeur emballe les oiseaux

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