Credit photo. Un vaste champ d'ananas
Credit photo. Un vaste champ d'ananas

La récolte des ananas a effectivement débuté au Cameroun au mois de mai dernier. Depuis lors, c’est le branle-bas dans les champs.

Au lieu dit Ngoun, petit village situé au quartier Pk25 à environ 17 Km du Carrefour Ndokoti(Douala), se dresse majestueusement un vaste champ d’ananas murs. Cette plantation s’étale sur une superficie d’un hectare avec une densité de 60 milles pieds d’ananas. La couleur jaune des fruits qu’on aperçoit au loin témoigne de leur maturité. A l’autre bout de la parcelle, non loin de la case construite dans le champ, des petites têtes d’ananas se dressent fièrement. L’air frais de cette journée du jeudi 10 juillet 2014 et le chant des oiseaux accompagnent le fou rire des agriculteurs et des jeunes saisonniers présents (au nombre de sept).

Dans la petite case, les agriculteurs arborent des vêtements de circonstance. Arrivés aux champs aux environs de 8 heures du matin, ces derniers préparent leur outil de travail avant de commencer la cueillette. Ils aiguisent leurs couteaux, se vêtissent de Sweet-shirt longue manche, ou des pulls à capuche pour certains et casques pour d’autres. Les pantalons jeans délavés pour la plupart, des bottes et des gangs viennent complétés l’accoutrement des travailleurs. A en croire l’un des agriculteurs, cet accoutrement leur permet aussi de se protéger des piqûres d’insectes notamment celles des moustiques. Munis de couteaux, de récipients et de paniers, ils se déploient dans le champ d’ananas. Le travail est ordonné. Lors de la cueillette, pendant que les agriculteurs se chargent de couper les ananas en les disposants en tas de 10 à 15 fruits, les saisonniers, pour la plupart des élèves, se chargent de les ramasser. Ces derniers se faufilent entre les longues lignes d’ananas, avec des seaux de 20 à 30 litres. Ils ramassent les fruits, les disposent dans les récipients, puis, les transportent sur la tête jusqu’au lieu d’emballage. Cet endroit est en effet un espace réservé pour disposer les ananas, il est aussi l’endroit où les clients viennent se ravitailler, apprend-on. Dans la plantation, le travail se déroule dans une bonne humeur teintée de chants, de blagues et d’anecdotes. La tâche semble simple. Armés de leur couteau, les coupeurs prennent l’ananas par la couronne et coupent le pédoncule (tige qui relie le fruit à la plante) et le rejette dans le champ.

Deverdisage

Avant que les fruits n’atteignent leur maturité, ce sont en effet les clients qui viennent procéder au deverdisage des fruits, apprend-on. Il s’agit d’une technique qui consiste à mettre de l’éthrel sur les fruits pour les faire mûrir de façon homogène. Produit chimique très utilisé par les agriculteurs, l’éthrel facilite la coloration des fruits. A en croire les agriculteurs, elle s’applique 150 jours après que les plantes soient hormonées (traitement d’induction florale). En tout, 2350 fruits ont été « éthrelés », nous fait-on savoir. Pour la suite du processus, les agriculteurs laissent la main libre à leurs clients. « Mon travail consiste à planter, couper et mettre à la disposition de nos clients », affirme Pierre Nguetsa, Technicien principal d’agriculture. En principe, tous les agriculteurs travaillant dans ce lieu sont réunis en association. Ils sont issus du groupe d’initiative commune pour la réalisation des projets d’investissement agricole dénommé GIC Ipim. D’après les agriculteurs du GIC Ipim, ces produits sont déjà au préalable réquisitionnés par la société Unapac (unité agropastorale du Cameroun), client des agriculteurs. C’est d’ailleurs, les techniciens de cette structure qui assurent le deverdisage des fruits.

Unapac

Quelques minutes après l’arrivée des agriculteurs et des saisonniers, un camion transportant des individus arrive à son tour. Il s’agit là des employés de la société Unapac. A peine arrivés, ces derniers commencent à apprêter les cartons pour emballer les ananas. Ils ont l’air pressé. Sur ce, les porteurs se hâtent de déposer les fruits sur le lieu d’emballage. Les techniciens de l’Unapac se chargent à leur tour de vérifier les bons fruits et mettent de côté les ananas de mauvaise qualité. Le processus de vérification de ces fruits est assez particulier. Au préalable, le fruit est soupesé par les techniciens pour avoir une idée du poids. Puis, à l’aide de deux doigts, le majeur et l’annulaire, ils vérifient la maturité de l’ananas en tapotant dessus. « Si le son qu’émet le fruit est lourd, alors il n’est pas bon » fait savoir, Guedjiyi Paulin, Technicien d’agriculture de l’Unapac. Cette technique « artisanale » leur permet de savoir dans quel état est le fruit et d’emporter celui qui n’est pas en sur-maturité. En outre, ils trient par la même occasion les fruits qui ne répondent pas à leur critère de sélection. Selon ces derniers, ils ne retiennent pas les ananas ayant un poids inférieur à 1kg 200grammes, ni supérieur à 2kg 200grammes. Ils rejettent aussi les fruits translucides ou en sur-maturité, les fruits à la coloration non-uniforme, les fruits aux couronnes tordues et à plus de deux couronnes et les fruits touchés ou choqués. Après avoir sélectionné, ces fruits, ils les classent dans des cartons en fonction de leur « calibre » ou de leur poids.

Selon Pierre Nguetsa, agriculteur au GIC Ipim, le kg d’ananas est vendu 150FCFA. Notons que, depuis le début de l’année 2010 le prix de ce produit agricole a augmenté de 10FCFA. Il est donc passé de 140FCFA à 150FCFA.

Pendant la sélection et l’emballage des fruits, le rythme de travail des porteurs devient de plus en plus lent et empêche les employés de l’Unapac d’aller plus rapidement. Cette phase du travail prend plus de temps puisque les jeunes coupeurs brillent par une lenteur qui exaspère les employés de l’Unapac. Ceux-ci affirment d’ailleurs que cela rend leur travail lourd. « Ils sont trop lents, on aurait déjà dû emballer 100cartons, mais avec ce rythme, je doute fort qu’on y arrive », s’inquiète Clovis T., employé à Unapac. Cela fait déjà près de trois heures de temps, qu’ils sont arrivés et d’après eux le travail n’avance pas.

Ces complaintes n’émeuvent aucunement les saisonniers qui, fatigués ont pris une pause au champ. Ceux qui sont encore en action travaillent de plus en plus lentement au grand dam des employés de l’Unapac qui contiennent difficilement leur énervement. Pour Pierre Nguetsa, Technicien principal d’agriculture, s’il y avait plus d’hommes, le travail irait plus rapidement. Hormis, la main d’œuvre réduite, la longueur du chemin à parcourir pour transporter les fruits constitue aussi un épineux problème. « L’on n’a pas prévu des pistes de collecte pour acheminer facilement les ananas, d’où le ralentissement des activités », fait savoir l’un deux. Les jeunes saisonniers quant à eux attribuent cette lenteur à la dureté du travail. Selon eux, le travail dans les champs d’ananas est difficile, éprouvant et fatiguant. Ce qui amène certains d’entre eux à faire des pauses de 20minutes pour souffler un peu, avant de reprendre le travail. « C’est épuisant, la route n’est pas bonne, c’est à cause de la colline, en plus ce n’est pas facile à arpenter », affirme Prince Mayaki, porteur de fruit. Ce jeune élève de 20 ans, travaille comme saisonnier dans ce champ d’ananas pour aider sa famille à payer sa scolarité. Pour cette tâche quotidienne, il reçoit en moyenne 2000FCFA par jour, fait-il savoir. Tout comme lui, Albin Michel Mbai Makom, un autre saisonnier, a un peu pris l’habitude. A l’en croire, il se rend aux champs toutes les vacances. Mais pour lui, c’est la toute première fois qu’il participe à la récolte des ananas. Un travail qu’il ne juge pas facile. « L’année dernière je pouvais quand même me retrouver avec près de 50000FCFA, à la fin d’un travail effectué aux champs », affirme-t-il. En rappel, c’est depuis le mois de mai dernier que les récoltes ont effectivement commencé. Et, depuis lors, la demande se fait de plus en plus ressentir, apprend-on.

Ghide

Ils disposent les ananas dans des cartons

Ils disposent les ananas dans des cartons

Destination et usages                                                                                            

Le niveau d’exportation des ananas a diminué en 2013

Le retrait de la PHP du marché extérieur est la cause de cette baisse de l’exportation.

Les ananas produits au Cameroun sont en grande quantité exportés vers les pays d’Europe et d’Amérique. Selon Jean Marie Souap, délégué du Groupe d’initiative commune de l’Unité agropastorale du Cameroun (GIC Unapac), en 2012 le Cameroun a exporté  près de 12 000milles Tonnes d’ananas. Une quantité qui, du point de vue des agriculteurs montrent à suffisance que les exportations sont considérables vers l’étranger. Par ailleurs, au courant de l’année  2013, cette quantité a diminué. Elle est passée de 12 000tonnes à 8000 tonnes.  Cette diminution se justifie par le délégué de l’Unapac à travers le retrait de la PHP (plantation de Haut Pendja) du marché extérieur.  Cela dit, depuis qu’elle est sortie du marché, les exportations se font uniquement par voie aérienne. Ce qui,  pour les agriculteurs a nettement influencé sur les exportations de l’ananas. « La PHP exportait les ananas en grande quantité  par bateau, et maintenant ce n’est plus le cas. Et les agriculteurs ne produisent en quantité suffisante pour exporter les ananas par voie maritime », fait savoir  Jean Marie Souap.

Selon le délégué du Gic Unapac, à cause de ce retrait, les exportations de l’ananas risquent chuter à nouveau  au cours de l’année 2014. Joint au téléphone, un responsable de l’administration de la PHP a effectivement confirmé cela. De même que, pour les agriculteurs, le coût de production élevé des ananas au Cameroun serait en effet  l’une des raisons du repli de cette entreprise. Pourtant, au préalable, l’offre  en termes de production d’ananas ne parvient pas déjà  à satisfaire la demande. «  La demande est excessivement ouverte et actuellement, nous ne parvenons même pas à combler les 60% du marché », affirme Jean Marie Souap. A en croire Paulin Geudjiyi,  Technicien supérieur d’agriculture et coordonnateur d’exploitation à Unapac,  la quantité d’ananas exportée chaque année par le Gic  Unapac  s’élève à 800 tonnes, pourtant leur demande est  évalué à 1500T d’ananas.

Le rapport du Foods Agriculture Organisation(Fao) publié en 2006,  met en exergue les préoccupations des producteurs. Dans ce rapport, les producteurs indiquent que le rendement conventionnel varie considérablement non seulement d’un producteur à l’autre, mais aussi d’une année à l’autre, en fonction des conditions climatiques et de l’incidence de maladies et ravageurs. Ils estiment que le rendement varie de 16 tonnes par hectare dans des conditions très difficiles à 50 tonnes dans des conditions favorables. Ceci,  avec un rendement moyen de 44 tonnes par hectare, dont 32 tonnes d’ananas exportables et 12 tonnes pour le marché local. En 2006, l’Unapac estimait sa production attendue sur base d’un rendement de 15 tonnes exportables par hectare, apprend-on.

La consommation de l’ananas au Cameroun  se fait de plusieurs manières. Transformé ce fruit en jus ou en cocktail n’est pas la finalité. Nombres de Camerounais ont exploré le domaine. Jean pierre Imele, Directeur général de Biotropical en sait quelque chose.  Il a mis sur le marché camerounais et extérieur  des fruits séchés notamment fait à base d’ananas séché. En outre, l’ananas est aussi utilisé dans le cosmétique. Selon le site Pension de la plage Tahiti, l’ananas est transformé et utilisé comme masque facial. Car, ses enzymes digèrent les peaux mortes et son jus appliqué à l’externe tonifie les peaux normales. De surcroît, plus de 280 substances aromatiques d’ananas ont déjà été identifiés.

Ghide     

 

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