Les produits issus de la vannerie
Les produits issus de la vannerie

La transformation des fibres et des tiges végétales en rotins est devenue une pratique très courante dans les quartiers de la capitale économique. Avec les lianes, les vanniers confectionnent divers produits notamment les meubles.

Il est presque 10 h ce vendredi 6 décembre 2013. Un homme âgé d’une quarantaine d’années vient de garer une voiture de marque Toyota non loin du marché Mboppi de Douala. Il se dirige tout droit vers un monsieur à qui il remet une somme d’argent. C’est le vannier. Ce dernier doit concevoir des chaises faites en rotins. C’est depuis plusieurs années que, Jean Onana, vannier s’attèle dans la fabrication des meubles faits à base de rotins, sa spécialité. Tout comme lui, plusieurs autres personnes occupent les artères du marché Mboppi. Ils fabriquent en longueur de journée des chaises, des armoires, des tables, des paniers à linge ou à liqueur et bien d’autres produits. Comme outils de travail, les vanniers utilisent le couteau, le marteau, la pince, les tenailles, la scie à métaux et un chalumeau.

Installé au lieu-dit rue galerie au quartier Akwa à Douala, Luke Mekonchou, un vannier « très talentueux », selon ses pairs, exerce le métier de vannerie depuis environ 25 ans. Dans son atelier, l’on voit des meubles rembourrés disposés à même le sol. Ici, ce sont des fauteuils et tables qui sont empilés les uns sur les autres. Des vieux meubles avariés côtoient ses instruments de travail, une forte odeur de poussière se dégage de cet endroit. De même, le sol non crépu est recouvert de détritus de rotins. Luke Mekonchou est un homme très occupé. Il quitte sa maison chaque jour à l’aurore. A peine arrivé dans son lieu de service, il s’assoit sur un petit tabouret qui lui sert de bureau.

A l’aide d’un couteau bien aiguisé, l'artisan racle et nettoie les lianes. Par la suite, il les coupe selon la dimension qu’il désire. Tout est fait à la main. « Aucune machine ou autre appareil électrique n’intervient dans le processus de fabrication », indique le vannier. Les lianes utilisées par la plupart des vanniers proviennent des zones marécageuses à l’instar de Yabassi dans le Littoral, apprend-on. De ces deux mains, il tisse pendant plusieurs heures des lianes entrecoupées en taille fine. « C’est ce que je fais tous les jours depuis que j’ai appris ce métier. Avec le rotin, je peux fabriquer beaucoup de meubles pour domicile. Il est facile à produire quand on possède ce qu’il faut », explique le vannier. Luke Mekonchou travaille seul. Autour de lui, aucun autre vannier n’est visible, son atelier jouxté à un débit de boisson ne le déconcentre pas.

Centre artisanal de Douala

A quelques kilomètres du lieu de travail de Luke, est établi le centre artisanal de Douala. Situé au lieu dit « marché des fleurs » au quartier Bonapriso, le centre artisanal de Douala regroupe une cinquantaine de vanniers. Vincent De Paul Amougou, l’un des artisans se réjouit d’être compté parmi ce cercle. C’est avec beaucoup d’amour et d’engouement qu’il exerce son métier. En outre, « l’artisanat est un travail complexe, il demande beaucoup de concentration et de volonté », explique le vannier.

Contrairement aux autres points de vente de la ville de la capitale économique, les artisans du centre artisanal de Douala fonctionne comme un seul homme. La créativité des artisans suscite la curiosité des personnes qui s’y aventurent. « Les produits que nous proposons aux clients sont très innovants et apportent une touche d’originalité », confie l’un des vanniers. De même, en plus du rotin, ces artisans utilisent des bambous de chine et les branches d’arbres pour distinguer leurs œuvres des produits classiques. Ballets d’ornements faits à base de ces matières, des canaries, des plateaux, des lits, des tambours… sont entre autres produits qu’on y marchande.

Credit photo. Des créations faites à base de liannes

Credit photo. Des créations faites à base de liannes

L’art n’a pas de prix

Les prix des meubles faits de rotins varient d’un vannier à un autre. Au centre artisanal de Douala par exemple, les prix  des fauteuils sont fixés en fonction de la qualité et de la main d’œuvre.  Vincent De Paul Amougou indique à cet effet que : « nos produits n’ont pas de prix fixe, je peux vendre un salon à 200 000 FCFA et chez mon confrère le client  peut acheter le même produit un peu plus cher ou à bas prix », explique-t-il.   Le reporter a par ailleurs  appris que les  meubles issus de la vannerie peuvent se vendre  entre 3 000  et 500 000 FCFA voire même plus.   Pour certains Camerounais, les produits faits à base de rotins sont « onéreux », mais beaucoup apprécient les créations. «  C’est très beau ce qu’ils réussissent à faire avec du rotin, l’inconvénient se situe juste au niveau de la cherté de l’œuvre », relève Mme Annie Thalo, venue acheter un meuble à rotins  aux vanniers.

Cette cherté du rotin divise parfois le client et le vannier et se termine par des insultes. Alain, vannier au marché Mboppi a déjà fait l’expérience. «  Il y a quelques jours, j’ai refusé de vendre à une jeune femme un panier en rotin. Tout simplement parce que, le prix proposé pour l’achat de ce panier était trop bon marché.  Elle s’est mise à bourdée, elle s’est fâchée et voulait une réduction. Mais j’étais ferme sur ma décision parce que ce panier valait plus que ce qu’elle proposait», se souvient Alain N. A l’en croire,  le panier en question coûtait 5 000 FCFA et la jeune dame voulait se l’offrir à 2 000 FCFA.

Dans l’exercice de leur fonction, les vanniers sont très souvent confrontés à de nombreuses difficultés. Notamment sur le prix des meubles qui sont constamment remis en cause par la clientèle. Face à ce dilemme, les artisans confient qu’ils essayent de trouver un  terrain d’entente avec le client. Mais, le résultat n’est pas toujours celui espéré.  « L’art n’a pas de prix, on ne peut se résoudre  à perdre,  car il faut bien qu’on gagne quelque chose sur le produit qu’on a fabriqué », affirme  Jean Onana. 

Au regard des prix articulés par les artisans,  certains clients pensent que la vannerie est un produit de « luxe ».  C’est ce que pense d’ailleurs Amina. « Je n’utilise pas très souvent c’est produit parce que c’est cher, de surcroit,  j’apprécie plus des meubles faits à base de  bois que ceux faits en rotins », relève cette habitante du quartier Mboppi.   Contrairement à celle-ci, Brigitte Nankam, secrétaire de direction dans une entreprise au quartier Akwa affirme : « Bien que les articles faits en  rotins soient chers, je les trouve plus résistants ». A l’en croire, sa maison est  en grande partie recouverte de nombreux articles de ce genre.   Même son de cloche du côté d’Alice, ménagère. Pour elle, « au regard des autres  meubles  notamment ceux faits en bois, je trouve que la vannerie  n’est pas si cher comme beaucoup le pense », défend-elle.  S’agissant de sa fiabilité, nombre de camerounais font confiance à la solidité des produits issus de la vannerie. De plus, l’aspect culturel et traditionnel de la vannerie laisse entrevoir pour certains les richesses qui meublent le Cameroun.  Gérante d’un prêt à porter au quartier  Bonapriso, Evelyne Moutassi  dit aimer la vannerie : « J’apprécie ces produits  parce qu’ils sont très beaux, traditionnels et naturels », remarque-t-elle.

Vannier, Marcel Mbarga, dit pour sa part que plusieurs personnes craignent d’utiliser les meubles en rotins parce qu’ils doutent de leur durabilité. Pourtant quelques utilisateurs des produits issus des rotins affirment avoir déjà fait plus de 10 ans  avec ces articles. Rencontré, Alphonse Ngassi ne dit pas le contraire. « J’ai des meubles à rotins chez moi qui ont à ce jour 11 ans d’âge. Il suffit juste de bien l’entretenir pour qu’ils résistent si longtemps », affirme ce quinquagénaire. Pour conserver  la vannerie, les vanniers indiquent « qu’il faut l’éloigner de l’eau. Elle ne doit pas y être exposée ». 

Ghide

Un vannier à l'oeuvre

Un vannier à l'oeuvre

Difficultés

La rareté des lianes rend couteux la vannerie

Le déficit de la matière première s’accompagne également du manque de financement pour la promotion du secteur. 

Le secteur de la vannerie au Cameroun est parsemé de nombreux obstacles.  Le principal est le manque de matière première. La liane, considérée comme matière première des vanniers est rare et chère. Pour ces derniers, impossible de travailler correctement dans ces conditions  lorsqu’ils manquent de cet ingrédient principal pour réaliser leurs œuvres. Vannier, Vincent Balla, explique que la rareté des lianes est due aux tracasseries policières subites par les grossistes. « Nos chauffeurs sont tout le temps contrôlés en route. Ainsi,  leur arrêt permanant, handicape la livraison des lianes », explique-t-il.  

La conséquence immédiate n’est nulle autre que les pertes qui s’accumulent.  « Lorsque la matière première n’est pas livrée à temps, les clients s’impatientent et nous perdons notre marché », explique Joseph  Mbarga, vannier. Le retard de livraison, entraîne également la cherté des produits finis.  Des coûts qui n’arrangent pas très souvent les clients.  Ces derniers, ignorant des difficultés des vanniers « ne manquent pas de nous proférer des injures », confie un des vanniers. Le marchandage devient donc difficile entre les deux parties.   « Quand nous les vendons par exemple une chaise en rotins à 5000 FCFA, ils disent que c’est trop cher et que les chaises en plastique valent moins que ce prix. Et, ils s’en vont sans crier garde », affirme  Martin Tsogo, un autre vannier. 

Pourtant, à en croire ces artisans  le paquet de lianes est vendu entre 600 FCFA et  6000 FCFA  au lieu de  500 FCFA à 4000 FCFA comme autrefois. Un coût de matière jugé trop élevé, puisque les vendeurs affirment souffrir d’un réel manque de financement. « Nous manquons réellement de moyens financiers pour promouvoir notre art  et le faire vivre au Cameroun », affirme Joseph Kameni, président de l’association des vanniers et assimilés du marché des fleurs (Avam).  A en croire ce dernier, les vanniers ne sont pas suffisamment outillés dans le travail pour cause de financement. Il leur manque beaucoup d’équipements « adéquats » pour la fabrication d’un meuble ou d’un quelconque objet. Un handicap, qui selon plusieurs d’entre eux ne peut être résolu que si le gouvernement leur accorde un soutient financier pour leur permettre de mieux exercer leur activité.

Mieux outillés donc, « nous pourrions conquérir les marchés étrangers avec des produits plus modernes et plus travaillés », souligne un membre de l’Avam. Du côté de l’administration, l’on nous fait savoir que  les  vanniers sont « constamment encouragés dans leur tâche ». En 2012, une somme de 2 millions de FCFA avait été remise aux vanniers situés au carrefour Agip à Douala, apprend-on auprès du délégué départemental des petites et moyennes entreprises de l’économie sociale et de l’artisanat (Minpmeesa) du Wouri, Joseph Bipoupuoth.

Ces actions sont jugées « trop individuelles et peu suivies » par l’Avam. Cette association, estime que « les vanniers ont plus besoin d’encadrement, afin que les finances éventuelles octroyées soient mieux gérées et aient des retombés concrètes et positives », soutient le président de l’Avam. En attendant, le délégué, annonce que le gouvernement prévoit aussi organiser des salons pour les permettre de vendre. Celui-ci, ne manque pas d’interpeller  les vanniers à s’identifier pour « bénéficier des apports quelconque du gouvernement », conclut-il.

Ghide

 

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