Les petits pas de la finance islamique au Cameroun
Les petits pas de la finance islamique au Cameroun

Trois établissements financiers se sont déjà arrimés à ce champ de l’économie islamique qui prône l’absence de taux d’intérêt dans les investissements.

La finance islamique connait de plus en plus une expansion en Afrique particulièrement au Cameroun. Après Afriland First Bank, c’est au tour des établissements financiers AFIB S.A et Crédit du sahel de s’arrimer. Ces trois structures ont inscrit sur le registre de leurs produits, la finance islamique. Fondée sur le principe de l’islam, elle préconise l’absence de taux d’intérêt dans les investissements. Elle est ouverte aux musulmans et non musulmans. Par définition, elle se décline comme un ensemble d’opérations bancaires et financières effectuées dans le respect des principes et préceptes de l’Islam. Ainsi, partant du principe que l’argent ne se vend pas, celle-ci « interdit tout investissement, même rentable, dans des montages impliquant le versement ou la perception d’un intérêt », expliquait alors Alphonse Nafack, directeur général (DG) d’Afriland First Bank. C’était lors du lancement de la Finance islamique au Cameroun, il y a environ six mois.

En Afrique, les actifs de la finance islamique s’élèvent à 78 milliards de dollars (39 000 milliards de FCFA), soit 5% du total des actifs de cette finance alternative à l’échelle mondiale, avait annoncé l’année dernière le DG d’AlHuda Center of Islamic Banking and Economics (CIBE), Muhammad Zubair Mughal. A en croire le DG d’Afriland First Bank, l’investissement est le seul principe du partage des profits et des pertes entre le client et la banque. Ce qui, selon lui, implique l’interdiction de clauses abusives et la détermination d’une méthode de répartition des bénéfices. Pour les experts financiers, la finance islamique, finance les projets à connotations socio-économiques. Cependant, elle évite tout financement de secteur « Haram », c'est-à-dire illicite comme les armes, l’alcool, la cigarette, la pornographie, les salles de jeux etc.

Les institutions financières qui s’y prêtent utilisent plusieurs modes de financement dans le cadre de la finance islamique. Depuis le 20 février 2015, la First Bank commercialise quatre produits conformes aux principes et préceptes de l'Islam. Il s’agit notamment du « Mourabaha », « Mousharaka », « Moudaraba » et du « Ijara ». Tout d’abord, la « Mourabaha » est un contrat de vente d’un bien financé par la banque et majoré d’une marge bénéficiaire convenue entre la banque et le client. Elle permet de financer aussi bien les besoins d’exploitation (stocks, matières premières, produits intermédiaires) que les investissements.

L’« Ijara » quant-à elle, est un transfert de l’usufruit autrement dit le droit de se servir d'un bien particulier à une autre personne ou entité en échange d’un paiement ou d’un loyer. Ce financement est une solution pour les entreprises qui ne souhaitent pas acquérir des biens, mais davantage les utiliser. En ce qui concerne la « Mousharaka », « la banque et le client participent au financement d’une opération et assument conjointement le risque de leur participation », apprend-on. Les profits ou les pertes sont répartis entre le client et la banque sur des bases fixées à l’avance. Enfin, la « Moudaraba », qui est un contrat entre un apporteur de capital financier et un entrepreneur pour investir ce capital. Ici, les bénéfices ou les pertes générées sont partagés par les parties.

Ghide

Alban Clovis Forgang, DG Finec

Alban Clovis Forgang, DG Finec

Alban Clovis Forgang

« La finance islamique veille au partage du profit des pertes »

Le directeur général de la Financière de l’épargne et du crédit (Finec), revient ici sur les enjeux de la finance islamique.

La finance islamique se décline comme un avantage pour les clients et les banques. Mais, si elles accordent du crédit sans taux d’intérêt dans les investissements, à quel niveau se situe le profit des banques ?

Au niveau de l’intérêt il n’y a pas de différence fondamentale, puisqu’ici, le client et la banque s’accordent sur une rémunération. Le mot "intérêt" n’apparait pas certes, mais en cas de profit, il se partage un taux bénéficiaire. Et, il peut s’avérer  qu’à la fin c’est plus rentable que l’intérêt fixé. Ici aussi, le banquier a la possibilité de choisir le projet dont les investissements sont plus rentables. Si on essaye de faire une comparaison, on peut se rendre compte qu’un crédit accordé dans le cadre de la finance islamique peut être plus rentable qu’un crédit accordé dans le cadre de la finance ordinaire. La finance islamique veille à ce qu’on partage le profit  et les pertes.  

 Au regard de leur réserve pétrolière,  les pays arabes peuvent se permettre d’initier de tels projets. Mais quel intérêt pour le Cameroun ?

Le Cameroun n’est pas l’initiateur de ce projet sur le triangle national, c’est la banque islamique de développement, qui promeut de plus en plus de projet au Cameroun dans ce cadre. Généralement ce sont les fonds arabes qui veulent étendre le model de la finance islamique à travers le monde entier. Comme le Cameroun regorge une population musulmane, c’est l’une des raisons pour lesquelles les initiateurs de ce projet s’y intéressent. Et, dans ce sens, le Cameroun est plutôt bénéficiaire de ce service.

Au Cameroun, les banques commerciales sont nombreuses, lesquelles financent à majorité les activités commerciales. Est-il possible qu’elles puissent facilement intégrer la finance islamique dans leurs différents produits ?

Au Cameroun, le monde de la finance connait plusieurs crises.  Notamment la crise de confiance, les problèmes structurels, le manque de professionnalisme au sein des PME (Petites et moyennes entreprises) etc. Au regard de tout cela, l’implémentation de la finance islamique est difficile. Car celle-ci doit se développer dans un environnement stable, où les règles du jeu  sont connues et où il y a un gendarme. Notre environnement est de ceux là où le taux de créances dans les banques est de plus en plus important, les délais de paiement de factures, les contrats commerciaux ne sont pas respectés. Et, la sous-traitance a des difficultés d’existence. Nous sommes dans un environnement ou de temps à autre on décrit la corruption à plusieurs niveaux, où l’arbitraire prend le dessus sur le respect des normes et des principes et le non respect des contrats commerciaux avec les donneurs d’ordre est visible. Tout de même, si toutes les actions mises en place pour promouvoir les PME sont fiables et évoluent normalement de façon appréciable, il va de soi que la finance islamique pourra connaitre un terrain propice.

Pourquoi la Banque mondiale a décidé d’adopter ce produit?

La banque mondiale l’utilise parce que beaucoup de fonds sont disponibles dans la finance islamique.  Cela dit, les riches pétroliers du moyen orient ont mis d’énormes capitaux dans ce produit. Et, puisque la banque mondiale a besoin de fonds, il lui revient d’aménager un cadre légal, pour pouvoir lever ces fonds.

Propos recueillis par Ghide

 

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