Les-femmes-rurales-ont-besoin-de-financement
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L’accès au titre foncier, la loi ne promeut pas le financement des activités individuelles, le poids des traditions entre autres, constituent des freins.

L’accès au financement demeure un véritable chemin de croix pour les agriculteurs camerounais, en particulier les femmes rurales. Plusieurs obstacles se greffent dans ce processus d’accès aux sources de financement. Julbert Konango, délégué régional de la Chambre d’Agriculture des pêches, de l’élevage et des forêts (Capef) Littoral, donne quelques indications. Au niveau des institutions bancaires, l’absence d’un titre foncier, comme garantie primordiale, empêche les femmes rurales de bénéficier d’un crédit. En outre, le retrait des femmes dans le partage des biens (héritage) y joue aussi un rôle. Autre raison, la loi camerounaise n’accorde pas de financement aux activités individuelles et aux associations des agriculteurs. Seules les activités collectives (coopératives et GIC) peuvent en bénéficier. « C’est autant d’éléments qui entravent l’épanouissement de la femme rurale », souligne Julbert Konango.

Impacts

Selon le délégué, l’absence de financement dans leurs activités a un impact important sur le développement de la production locale. L’exploitation familiale étant en grande partie gérée par les femmes, ce déficit peut entrainer selon Julbert Konango, une diminution de la production de l’agriculture familiale. Et, dans le même sillage peut contribuer à la croissance des facteurs sociaux tels l’exode rural et la délinquance juvénile. Pour les agricultrices, l’accès au financement demeure un élément majeur pour les permettre renforcer leur productivité. Le GIC femmes actuelles de Njonassi est spécialisé dans la transformation et la commercialisation des produits locaux. A cause du manque de financement, les femmes de ce groupement ont du mal à produire à grande quantité. De plus la méthode utilisée par ces dernières est rudimentaire. C’est pourquoi, « nous aimerions que le gouvernement nous soutiennent dans nos différents projets », affirme Madeleine Ndongo du Groupe d’initiative commune (GIC) femmes actuelles de Njonassi.

Pour tenter de remédier à ce problème de financement, l’Etat a mis à la disposition des femmes rurales et autres agriculteurs des programmes et projets pour les accompagner dans leurs différentes activités. Il s’agit entre autres du Projet d’amélioration de la compétitivité agricole(Paca) etc. Au regard de la mondialisation, les femmes sont de plus en plus « ingénieuses ». « Elles ont créé des circuits parallèles et des fonds pour financer leur projet », relève Julbert Konango.

A l’en croire, l’implication des femmes rurales dans l’agriculture est d’arriver à une étape où les entrepreneures puissent négocier avec les banques et pouvoir développer des projets bancables. Cette vison selon lui, doit passer par la sensibilisation des parents pour la prise en compte des femmes dans le partage des ressources, le respect de la réglementation et le développement de l’esprit entrepreneurial chez les femmes.

La journée internationale de la femme rurale prévue pour le 17 octobre prochain à Douala, promet d’être très édifiante selon certaines agricultrices. Axée sur le thème : « Femmes rurales : accès aux ressources financières dans les secteurs agroalimentaires », elles espèrent que le gouvernement va enfin répondre aux problèmes de financement dont elles sont victimes.

Ghide

Marie Crescence Ngobo. Secrétaire exécutif du Réseau des acteurs du développement durable (RADD)

Marie Crescence Ngobo. Secrétaire exécutif du Réseau des acteurs du développement durable (RADD)

Marie Crescence Ngobo

« L’absence de financement appauvrit la femme rurale »

La Secrétaire exécutif du Réseau des acteurs du développement durable (RADD), revient sur les difficultés auxquelles font face les femmes rurales. 

Quelles sont les difficultés que rencontrent les femmes rurales ?

La femme rurale est le moteur de l’économie rurale camerounaise.   Pour jouer efficacement son  rôle et fournir les 90% des denrées nécessaires à la subsistance de la population au Cameroun comme l’estime le FAO, les femmes rurales font face à de nombreux obstacles. Ceux liées à la production des denrées agricoles, pastorales et des produits forestiers non ligneux sont plus importantes.  L’accès à la terre pour les femmes par le titre de propriété est un défi réelAu Cameroun, 70% des personnes qui travaillent la terre sont des femmes mais seulement 5% d’entre elles sont propriétaires selon les statistiques officielles. Il y a aussi un véritable problème d’outillages qui ne peut permettre à la femme d’être compétitive.  L’enclavement des zones de production rend déjà difficile l’évacuation des produits vers les centres de commercialisation. En outre, les femmes rurales manquent de moyens financiers pour étendre ou moderniser leurs exploitations etc.

L’accès au financement reste une préoccupation majeure dans le développement de l’agriculture. Comment procédez-vous pour  obtenir des financements et respecter vos engagements envers la population camerounaise ?

Les femmes recourent à trois sources de financement. L’épargne personnelle,  les appuis financiers provenant de son entourage qui sont des subventions ou des crédits proviennent des autres membres de la famille, des amis, des associations et ONG de développement. Ensuite, les tontines et cotisations banque villageoises. 

Quel peut-être l’impact de ce manque de financement sur les activités agricoles ?

L’on peut noter une faible production et productivité agricole, une  paupérisation croissante, touchant surtout la femme rurale et sa famille. Egalement, l’exode rural avec ses corolaires qui sont l’insécurité en milieu urbain,  le chômage des jeunes, les menaces de famine et de malnutrition pouvant conduire à une instabilité politique. La fébrilité du statut de la femme qui reste dépendante des hommes sur le plan économique etc.

Propos recueillis par Ghide

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