Lecture. Pourquoi les jeunes ne lisent pas assez

La télévision, les NTIC, l’alcool, le mauvais encadrement académique et social des jeunes à consulter des ouvrages.

La lecture est un art, mais tous les Camerounais ne sont pas des artistes. Les jeunes en particulier. Avec l’évolution du temps, couplée à celle de la technologie, les nouvelles générations ont presque tourné le dos aux bibliothèques, médiathèques etc. Aujourd’hui, il est d’ailleurs difficile de voir des jeunes entrer dans une librairie acheter un livre, ou aller à la bibliothèque de l’école pour lire. « La crise de la lecture », comme l’indiquent certains intellectuels commence à prendre forme avec l’apparition de la télévision et des programmes qui intéressent la jeunesse. Et, qui par ricochet, les éloignent de la lecture. Beaucoup de jeunes apprennent à lire à l’école, mais devant les écrans de télévision, ils développent plus l’écoute. « Les programmes télévisés détériorent le goût de la lecture. Surtout quand l’on sait que, les jeunes préféraient madame Bovary ou encore Kirikou en film plutôt que lire le livre », relève Lysette Emmanuelle Wafo, étudiante en master Marketing et communication des organisations.

Plusieurs autres facteurs, sont également à l’origine du désengagement des jeunes camerounais à la lecture. C’est le cas des Technologies de l’information et de la communication(TIC). C’est cette gamme qui intéresse d’ailleurs « la génération tête baissée ». Les Smartphones, les tablettes, les téléphones androïdes et les réseaux sociaux absorbent littéralement le temps de ces derniers. A l'ère du numérique, la façon dont les jeunes construisent leur approche culturelle ne va pas naturellement vers la lecture. Le numérique a changé la façon de lire des Camerounais. Les séquences de lecture des jeunes sont plus courtes, souvent liées à leurs échanges écrits sur Internet, et donc sont très liées à la sociabilité. « Or, lire un livre est, par nature, une activité plutôt longue et solitaire », déclare Mélanie Minkock, professeur.

La solitude, les jeunes camerounais n’apprécient pas beaucoup. C’est pourquoi, nombres d’entre eux se consolent dans l’alcool. Les jeunes boivent de plus en plus. Dans l'imaginaire collectif de la jeunesse, l'alcool occupe la place qui devrait être celle de la littérature. « Pour être reconnu comme jeune par ses pairs, il faut être un buveur et non un lecteur », relevait encore Pierre Azou, intellectuel. Au-delà de ces facteurs sus-cités, le professeur Valère Nkelzok, sociologue et enseignant à l’université de Douala pointe un doigt accusateur sur les enseignants et sur les parents d’élèves et écoliers. Selon le professeur, l’encadrement académique et social ne stimule pas la lecture et la découverte des textes. Ceci parce que, « beaucoup d’enseignants ne lisent pas les livres au programme et cette inaptitude est du à la mauvaise formation acquise par ces derniers », relève-t-il. Dans cette affaire, les parents jouent un grand rôle. Pour le Pr Valère Nkelzok, le fait que certains parents n’aient pas cette culture de la lecture empiète aussi sur celle de l’enfant. Surtout que, l’intérêt pour la lecture devrait se faire dès le bas âge.

Documentaliste à la délégation régionale du ministère des Arts et de la culture, Sabine Bowong, met aussi en relief la pauvreté des bibliothèques des établissements scolaires et universitaires. « Dans la plupart d’entre elles, les livres qu’on y trouve sont des dons des organisations et autres. Et, beaucoup d’entre eux ne sont plus d’actualité. Il faut en acheter d’autres et inciter les élèves à y aller », relève-t-elle. Pour redonner goût à la lecture chez les jeunes, elle recommande aux établissements scolaires d’organiser très souvent des journées portes ouvertes dédiées à l’art (peinture, poésie, etc.).

Ghide

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