Les jeunes s'interrogent sur leur avenir
Les jeunes s'interrogent sur leur avenir

Pour la plupart d’entre eux, il faut innover et donner plus d’importance aux jeunes.

Les problèmes auxquels font face les jeunes camerounais sont réels. Et, les discours ne suffisent pas pour améliorer leur situation. Au pays, le chômage fait rage. Et, selon les statistiques officielles, il se situe à 15% depuis près de cinq ans. En outre, la recherche de l’emploi décent est un trésor et l’insertion professionnelle est très problématique, idem pour la formation. Au regard de cette situation, les jeunes camerounais pointent un doigt accusateur sur le gouvernement. Mickael Cédrick Djuessie est étudiant à l’université de Douala. Pour lui, le gouvernement ne met pas suffisamment du sien pour remédier aux problèmes de chômage des jeunes et au sous-emploi. « Ces maux persistent et nous nous sentons abandonner à nous-mêmes. Car après notre formation, on aimerait bien trouver un emploi qui nous correspond », affirme-t-il l’air soucieux.

La situation conjoncturelle du pays oblige les jeunes à cravacher dur pour s’éloigner de la précarité. Ainsi, certains font du petit commerce, d’autres squattent les chantiers de la ville à la recherche d’un petit boulot. Question de trouver un peu d’argent pour s’acheter des vêtements et contribuer au paiement de leur scolarité. Pour construire leur avenir, la plupart d’entre eux ne reposent pas leur espoir sur le Président Paul Biya et sur ses discours. « Ce n’est plus le temps des discours. Si pendant toutes ces années, il n’a rien fait, ce n’est pas aujourd’hui qu’il fera quelque chose. Je n’attends rien du gouvernement. Nous nous sentons des fois lésés. Je crois que c’est l’une des raisons pour lesquelles, il y a fuite de cerveaux », indique Alex Dimongo, stagiaire dans une entreprise de la capitale économique. Désireux lui aussi de quitter le pays.

Dans le même sillage, Yves Ndjoh, étudiant et chercheur d’emploi, relève cependant que l’engouement disparait lorsqu’il y a pas d’opportunité. « Les jeunes camerounais veulent participer au développement de leur pays. Mais, ils sont freinés dans leur course par ces vieux qui sévissent à la tête du pays depuis plusieurs années. Et cette situation n’aboutit pas au développement », relève-t-il irrité. Au regard de cette situation, nombres de jeunes, ne souhaitent malheureusement pas que le Président Paul Biya puisse à nouveau se présenter à la présidentielle de 2018. Pour eux, il faut innover et trouver de nouvelles stratégies pour l’avenir des jeunes camerounais. « La plupart des jeunes de mon âge se plaignent. Pourtant à l’époque de nos parents c’était différent. Aujourd’hui, quand ils nous regardent, ils savent que les choses ne peuvent plus être les mêmes. A moins, qu’elles changent », relève à son tour Stéphanie Ombiono, étudiante en réseaux et télécommunications.

Au Cameroun, les jeunes sont confrontés à de nombreux problèmes. Et, au niveau de la délégation régionale du ministère de la Jeunesse et de l’éducation civique, les responsables ne disent pas le contraire. C’est pourquoi, ils s’attèlent à travers différents programmes à pouvoir accompagner les jeunes. Il s’agit par ailleurs du Programme d’appui à la jeunesse rurale et urbaine (Pajer-U) et de l’agence du service civique nationale de participation. Et, « dans la région du Littoral, nous nous attelons à implémenter ce qui est impulsé au niveau central », fait savoir Léonard De Semnjock Logmo I, Délégué Régional. Depuis la mise en place du Pajer-U, en 2008, près de 397 projets ont déjà été financés. L’année dernière, le programme a financé 34 projets pour un montant de 15,2 millions de FCFA. Tandis qu’en 2014, 36 projets ont été financés pour un montant de 18,5 millions de FCFA.

Ghide

Cabral Libii

Cabral Libii

Cabral Libii

« La situation des jeunes me parait désespérante» 

Le juriste revient sur les problèmes que rencontre la jeunesse camerounaise.

On parle aujourd'hui du cinquantenaire de la fête de la jeunesse. Le bilan est-il élogieux ?

D'entame, cinquantenaire me pose un problème, le 11 février était initialement commémorée au Cameroun occidental sous les vocables de « Youth day ». Elle est devenue une institution nationale à l’issue de la réunification en 1961. La première édition a eu lieu en 1967. Le thème cette année-là, fût « jeunesse et prise de conscience », 50 ans plus tard n'est pas 2016. Quant au bilan, la situation de la jeunesse au bout de" 50" ans de célébration me paraît très préoccupante voire, désespérante. Elle est abondamment nourrie de promesses par les politiques, rarement associée à la Direction du pays et à l'élaboration des politiques publiques, reléguée à un instrument de mobilisation décorative lors des manifestations officielles (telles le 11 février) ou politiques. Et pourtant c'est la couche démographique la plus représentative. Rappelons que  selon le rapport définitif du 3ème recensement général de la population et de l’habitat, rendu public en 2010, il ya 6 ans,  la population camerounaise reste caractérisée par son extrême jeunesse.  L’âge médian de la population est de 17,7 ans et l’âge moyen se situe à 22,1 ans. La population ayant moins de 15 ans représente 43,6% de la population totale, tandis que celle de moins de 25 ans représente 64,2%. La tranche d’âge comprise entre 15 et 45 ans représente la moitié de la population. En revanche le taux de chômage des jeunes donné par ce même document  est  de 38%.

Que revendiquent les jeunes Camerounais ?

Les priorités de la jeunesse camerounaise se déclinent en trois principaux axes : L’emploi, l’éducation et la santé. En plus, tout jeune normalement constitué aspire à participer à la décision étatique. Donc les jeunes demandent à être moins infantilisés et plus participatifs dans les instances de décision politique. Ce qui nécessite le concours volontaire des "ainés".

Au regard de la situation des jeunes, Paul Biya doit-il se présenter à la présidentielle 2018, si non ou si oui pourquoi ?

Une jeunesse majoritairement en chômage, sans perspective d'avenir, marginalisée voire exclue ne peut que légitiment souhaiter l'alternance au sommet de l'Etat afin de se donner une nouvelle chance. Achille MBEMBE depuis 1985 a analysé cette situation en Afrique lorsqu'il mettait en relief Rapports de contestation et de remise en cause de l’ordre établi face à la domination, à l'exclusion et à la répression dont les jeunes  font  l’objet. Dans le cas spécifique du Cameroun, l'actuel Président en est à sa 33ème année de pouvoir. Il a grillé tous ses jokers. La jeunesse ne peut plus rien en attendre de sérieux. Il est donc impérieux que Paul BIYA prenne sa retraite. Mais encore faut-il que la jeunesse qui a en partage cette position tant dans son parti politique qu'en dehors, le lui fasse savoir. Et si d'aventure, il faisait la sourde oreille (ce qui en démocratie est son droit), que cette jeunesse se mobilise massivement au sein du corps électoral pour une infliger une imparable défaite électorale.

Que peuvent attendre les jeunes du gouvernement ?

Que ce gouvernement se rajeunisse d'abord, ensuite qu'il intègre les aspirations des jeunes dans sa feuille de route au rang des priorités (ce qui est déjà déclamé) et surtout que les annonces soient concrétisées et évaluées rigoureusement lorsqu'elles le sont. Où est le Plan jeunesse du Cameroun devant être financé à 236 milliards, trois fois annoncé lors des discours du 10 février? Où est le plan de redressement, de modernisation et de professionnalisation du sport?... Quand siègera enfin le Conseil National de l'enseignement supérieur et la recherche scientifique qui a siégé la dernière fois sous AHIDJO?

Propos recueillis par Ghide

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