Un timbre pour identifier les cigarettes qui respectent la réglémentation
Un timbre pour identifier les cigarettes qui respectent la réglémentation

Une situation qui, selon une entreprise membre du Gicam, entraine une perte financière de l’ordre de 4 milliards FCFA par an.

Dans la boutique de Jules Nga au marché Mboppi de Douala, un homme, la trentaine dépassée achète deux cartons de cigarettes de marque LB. Pour vérifier la qualité des boites de cigarettes, le vendeur ouvre un carton et lui présente. Contrairement aux autres paquets de cigarettes qui arborent les vignettes ceux-ci ne portent cependant aucune marque officielle (Timbre, ndlr). Mais, le vendeur fait savoir à son client que les cigarettes sont de bonne qualité et sont même fabriquées localement. Pourtant, tout porte à croire que ce paquet n’a pas été fabriqué par les véritables industriels camerounais. Réné D. lui aussi commerçant dans cet espace marchand, se frotte les mains dans le commerce des cigarettes. Rencontré, mercredi 11 mai 2016, il a affirmé au reporter de LQE, qu’il vendait lui aussi des cigarettes importées comme bon nombres de vendeurs dans cet espace commercial. Et, « certaines ne sont pas des marques locales. Elles viennent du Nigeria voisin ou encore du Ghana », révèle-t-il.

Les marques les plus visibles dans la contrebande sont notamment Golden city, DJ et Orix, apprend-on. Pour les entreprises locales notamment BAT et SCT exerçant dans le secteur, c’est une véritable perte. Idem pour l’Etat. Car, chaque année, ils font face à des pertes dues au commerce illicite estimées à près de 30% des recettes douanières. Cette information avait été révélée par Mbarga Bekono, Secrétaire permanent du comité Ah doc des opérations de lutte contre la fraude, la contrebande et la contrefaçon il y a quelques mois. Selon les informations relayées par une entreprise membre du Groupement interpatronal du Cameroun(Gicam) exerçant dans le secteur, 25% des cigarettes vendues sur le marché camerounais sont issus de la contrebande. Et, ce commerce entraine une perte financière de 4 milliards de FCFA par an. « Ces données nous ont été communiquées par une entreprise membre du patronat », relève-t-on. Selon les experts en commerce illicite, les produits du tabac illicite, constituent jusqu’à 12% de part de marché dans le territoire national et plus de 24% dans le Nord du Cameroun où la situation est presque alarmante.

Au regard de cette situation, La brigade régionale du ministère du Commerce pour le Littoral en collaboration avec la cellule de lutte contre le commerce illicite du Gicam avait entrepris de traquer sur le terrain l’année dernière les trafiquants des produits illicites et des produits non estampillés. La mission mixte de la brigade de contrôle et des douanes avait elle aussi saisi une importante cargaison de cigarettes de plus de 1000 cartons illicites dans un entrepôt de Cameroon Tobacco Compagny. Le chef de mission avait alors indiqué que : «Il ne s’agit pas de contrefaçon ni de la contrebande puisque l’entrepôt est basé au Cameroun. Les cigarettes saisis ne sont pas estampillées et ne disposent d’aucun marquage sanitaire », peut-on lire sur le site d’informations générales Cameroon Infos. Net. Pour le respect de la réglementation, le Gicam sponsorise encore cette année la campagne de lutte contre la contrebande de cigarettes. On peut de ce fait lire sur les différentes publicités : « La contrebande de cigarettes vous mène en prison… achetez uniquement des paquets de cigarettes comportant un timbre».

Ghide

Jules Kembou, Expert en commerce illicite

Jules Kembou, Expert en commerce illicite

Jules Kembou

«La contrebande impacte gravement le chiffre d’affaires des entreprises »

L’expert en commerce illicite à la cellule commerce illicite du Groupement interpatronal du Cameroun(Gicam)  revient  sur  la contrebande des cigarettes.

Pourquoi le Gicam accompagne cette campagne de lutte contre la contrebande des cigarettes ?

Le Gicam accompagne cette campagne parce qu’elle dispose d’une cellule de lutte contre le commerce illicite. Et, le commerce illicite se découpe en trois composantes dont, la contrebande, la contrefaçon et la fraude. Et, nous avons des entreprises  membres de cette cellule qui, ont pour principale activité la vente des cigarettes. Il s’est avéré que, ces entreprises nous ont regroupé un certain nombre de plainte, concernant la présence sur le marché des cigarettes qui ne respectent pas une certaine réglementation. Laquelle avait été fixée à la suite de longue concertation entre le secteur privé et le secteur public pour  l’assainissement du marché  des mauvais produits tels les wiskys, les liqueurs et les cigarettes. Et, les deux secteurs s’étaient entendus pour distinguer les produits qui respectent la réglementation de ceux qui ne le font  pas. Et donc, la cigarette faisant désormais partie des produits qui devraient porter une vignette, il n’est pas normale qu’on retrouve sur le marché camerounais des cigarettes qui ne portent pas les vignettes qui avaient été décidées à cette époque.

Quel impact sur les entreprises locales ?

Les entreprises qui respectent la réglementation voient leur chiffre d’affaires baissé et donc ne comprennent pas pourquoi est ce qu’on autorise aux cigarettes non réglementaires de leur concurrencer sur le marché. Le premier objectif du Gicam est d’accompagner et aider les entreprises membres de la cellule du commerce illicite a retrouvé une situation de concurrence normale dans ce marché qui est le leur. Deuxièmement, le Gicam a pour mission de défendre ces entreprises membres. Mais aussi, de promouvoir l’économie nationale tout entière. Cette action aiderait également l’Etat à sécuriser les recettes fiscales, puisqu’on dit que les cigarettes doivent désormais porter les timbres, avant d’être vendues sur le territoire national. Et, si  quelqu’un réussit à vendre des cigarettes sans imposer des timbres, il va de soit que c’est une perte de recette fiscale pour le gouvernement.

La Douane serait-elle, en partie responsable de cette situation ?

Il existe bien évidement quelques défaillances au niveau de la Douane mais aussi au niveau du ministère du Commerce. La Douane est sensée faire la police aux frontières. Mais,  comme elle ne peut déporter tous les containers pour vérifier. Elle  fait juste un sondage où elle prélève à peine 20% des containers qui entrent, et, ce sont ces 20% qui sont scannés.  S’il existe des containers suspects on décoffre pour faire des inspections. Cela veut dire que 80% des containers qui ne passent pas aux scanners peuvent contenir des  cigarettes de contrebande. Les défaillances de la douane sont compréhensibles. Cependant, le contrôle de la Douane à lui seul ne peut pas suffire à empêcher que les produits de contrebande entre sur le marché. Une fois que les produits sont sur le marché, c’est le ministère du Commerce qui est sensé continuer la veille.

Propos recueillis par Ghide

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