Les jeunes s'affairent au chargement d'un camion de sable

Ils sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à l’activité de l’exploitation du sable. Et, gagnent par jour entre 12500 et 17500FCFA.

Douala, lundi 28 mars 2016. Il est environ 12heures. Le soleil est au Zénith. Une file de camions transportant du sable arpentent avec difficulté une rue caillouteuse du quartier Akwa Nord, plus précisément au lieu-dit Terminus. Ici, une vaste carrière de sable enrichit les hommes qui y exercent. Plus de 200 personnes rencontrées ici, ont fait office sur les berges de cette partie du fleuve Wouri. Sous un ciel éclairé et un soleil ardent, les « sableurs » sont presque imperturbables.

Sur ce site, de plus de 80 quais, des jeunes, organisés en groupe de quatre et trois par-ci et là remplissent les camions à l’aide de pelle bêche, tandis que d’autres s’affairent au déchargement des pirogues. Ici, le travail est organisé. Et, chacun y joue bien son rôle. Sur les différents quais, on rencontre les creuseurs de sable, (ceux là qui vont chercher le sable dans le fleuve). Les déchargeurs et les chargeurs, respectivement, s’attèlent à enlever le sable mouillé de la pirogue pour le mettre sur le quai avant de le charger dans les camions.

Sur l’un de ces débarcadères, communément appelé « Timba » en langue Douala, un jeune homme, la trentaine environ, vêtu d’un simple petit short gris, retire du sable dans l’une des barques. A l’en croire, une pirogue de sable coûte actuellement 2500FCFA. Et par jour, ils transportent entre 5 à 7 esquifs de sable. D’où une recette journalière estimée entre 12500FCFA et 17500FCFA. Toutefois, la quantité de sable transportée dépend des engins. « Il y a des gens qui vont à l’eau avec 4 à 7 pirogues. Ceux qui ont les moteurs réussissent à transporter au moins 7 pirogues. Et ceux qui vont avec les piquets utilisent la force de leur bras », explique l’un d’entre eux. Arrivé sur le lieu du quai, ceux qui s’affairent au chargement des camions perçoivent 3000FCFA par camion chargé de 10 roues et 1500FCFA pour ceux de 6 roues.

Ici, le sable est vendu à l’Etat brut. Il n’est ni lavé et ni tamisé. Présentement, un camion de sable vaut 35 000FCFA. Mais, en saison pluvieuse (période de marée haute), le même camion de sable est vendu à 38000FCFA, auprès des utilisateurs. Justin T., un camionneur, justifie cette situation par les difficultés que rencontrent les creuseurs de sable à extraire du sable dans le fleuve. « Quand la marée est haute, Ils ne peuvent pas aller très en profondeur. Et, comme le manque s’installe, ils procèdent donc à l’augmentation des prix », précise-t-il. Pendant cette période, une pirogue de sable peut valoir, jusqu’à 10000FCFA. En dépit de cela, l’exploitation du sable va bon train de ce côté de la ville de Douala. D’où l’implication des jeunes dans cette activité informelle.

Eric Essengue, « plongeur », comme il aime bien le dire travaille dans cette carrière depuis quelques années déjà. Rencontré, sur le site lundi 28 mars dernier, il semble « un peu » épanoui dans son travail. Il gagnerait par semaine environ 60000FCFA. Malgré son revenu, il ne compte pas s’éterniser ici. Ce jeune homme plein de vie, rêve de devenir footballeur. Alors, « Ce que je fais ici, me permet juste de résoudre mes problèmes et de prendre soin de moi et de ma famille. De plus, c’est assez bien rémunéré », affirme-t-il, très enthousiaste et pressé d’aller travailler.

Dans cette carrière, les jeunes dament le pion sur les personnes âgées. Et, la plupart d’entre eux, sont âgés entre 18 et 40 ans. L’activité est reluisante. Et, tous ne manquent pas de le faire savoir. Packo Ekamé, la soixantaine, travaille dans ce lieu depuis près de 10 ans. Malgré ses cheveux blancs, et son corps qui prend de l’âge, « le vieux », comme l’appelle ses proches, travaille toujours avec la même endurance. Pour lui, ce travail est peut être pénible. Mais « il fait sourire beaucoup de famille », conclut-il.

Ghide

Un creuseur de sable en pleine activité

Un creuseur de sable en pleine activité

Difficultés

Ce qui freine l’activité des exploitants de sable dans les carrières

Les mauvaises conditions de travail, les pirogues qui chavirent, les intempéries, les noyades etc, sont autant de griefs auxquels ils font face au quotidien.

Hervé Boulou, travaille à la carrière du quartier Akwa Nord depuis plus de cinq ans. Ce jeune homme et ses coéquipiers font très souvent face à de multiples obstacles dans leur activité. Abandonnés à eux-mêmes, ils travaillent sans précaution. Notamment, sans gang à main de sécurité et sans chaussures adéquates pour la circonstance. A la limite, certains arborent juste à leur pied des babouches communément appelé « Sans- confiance ». Pourtant, le sable vendu dans ce lieu contient souvent des débris dangereux, tels les débris de verre, des morceaux de lame  ou de fer rouillé. Lesquels en cas de blessure peut donner lieu au tétanos. Outre cette maladie, ils sont également exposés au paludisme, à la typhoïde et au choléra. Selon Hervé Boulou, plusieurs d’entre eux en souffrent tous les jours et certains y ont déjà laissé leurs vies. «  Nous avons déjà perdu des collègues ici. Notre milieu est très difficile. Nous travaillons dans la nature, sans protection. Mais, certains font des efforts pour combattre le mal, en restant vigilant et en prenant très souvent des médicaments », affirme-t-il.

Outre le côté sanitaire, les « sableurs » font également face à des intempéries, lorsqu’ils sont à l’eau. Car, pendant les périodes de grande pluviosité, les pirogues chavirent et ceux qui ne savent pas nager meurent noyer. Laissant ainsi couler leur dû au fond de l’eau.  Certains se retrouvent parfois, apprend-on avec environ 5 ou 6 tonnes de sable déversés dans le fleuve. Ou encore, « l’eau emporte certaines barques, et va les jeter à plus de 15 kilomètres du lieu du sinistre », indique un piroguier. Une situation qui d’après lui, grossit les frais de carburant puisqu’il faut emprunter une autre barque pour aller chercher l’embarcation. De plus, « si le carburant finit et que nous sommes bloqués à l’eau, nous sommes obligés d’appeler un confrère pour qu’ils viennent nous chercher. Et, tout cela fait partie des risques du métier. Si c’est en saison pluvieuse, c’est encore plus compliqué, parce qu’il faut attendre que la pluie se calme, pour que la personne se pointe », relève l’un des piroguiers.

Au regard de cette situation, Raphael Ekame, relève que : « l’exploitation de sable, présente également des inconvénients comme bon nombres d’activité. A la seule différence qu’ici,  nous sommes  abandonnés à nous-mêmes.  Et,  chaque jour, nous devons faire face à de nombreux défis », conclut-il.

Ghide

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