APE. Les industries sont concernées

Selon les experts, ces produits vont réduire les coûts des intrants et des machines ; tout en contribuant à l’accroissement de la pollution...

Les Accords de partenariats économiques (APE) impacteront certainement de nombreux secteurs d’activités au Cameroun. Mais, les entreprises locales de transformation font bien partie de ces entités qui sont les plus exposées. Les APE, selon les ingénieurs, peuvent à la fois contribuer positivement au rendement de ces entreprises et aussi empiéter négativement sur les activités des autres industriels locaux. « Tout va se jouer au niveau du prix. On va se retrouver avec les produits importés qui coûteront moins chers que les produits locaux. Il y a dont un grand risque de fermeture de plusieurs entreprises », relève Amadou Hamadou, ingénieur spécialisé dans l’agroalimentaire.

Selon lui, étant donné que les entreprises de transformation locales ont pour matière de base les produits locaux, comme c’est le cas des entreprises agroalimentaires, elles ont cependant toutes besoin de certaines matières ou substances chimiques pour industrialiser leur produit. Et, avant ces accords, ces entreprises locales régnaient en maître sur le marché local. « Une situation qui va bientôt changer. Pourtant nos industriels font encore leur bonhomme de chemin », fulmine Amadou Hamadou avant d’ajouter. « Elles avaient les avantages d'être locales et elles profitaient des taxes douanières pour imposer les prix par rapport aux produits concurrents importés ». Des avantages dont regrette aujourd’hui l’industriel. D’après lui, avec les APE, la concurrence va devenir de plus en plus rude voire « inexistante » entre les produits locaux et importés. Ceci parce que, plusieurs avantages s’offrent désormais aux produits européens. « Le produit importé est de bonne qualité et va profiter de la levée des taxes douanières pour baisser les prix », explique-t-il.

La bonne nouvelle dans cette affaire c’est qu’avec les APE, les équipements et machines coûteront moins chers. Et, « les matières premières exportées auparavant, seront transformées sur place », indiquent d’autres spécialistes. Cependant certains industriels restent persuadés que ces produits européens seront tout de même plus chers que les produits importés d’Asie. « Malgré la levée de barrière douanière, ces produits resteront toujours chers par rapport aux produits importés de l'Asie. Pourtant les produits finis autorisés par L'APE vont coûter moins chers que les produits locaux quand on essaye d'évaluer le coût de production », relève un industriel.

Pollution génétique

Dans cette liste, l’on retrouve une grande quantité de produits chimiques. D’après Didier Yimkoua, écologiste et conseiller à Metafrique steel, entreprise spécialisée dans la transformation des minerais de fer, ce sont des produits de formulation. Et, « cela va accroître la pollution chimique (eaux, sols, animaux, hommes, végétaux....) et la santé publique n'est pas épargnée », fait-il savoir. Cependant, la pollution génétique est beaucoup plus à plaindre. Selon l’écologiste, le développement industriel s'accompagne de l'exploitation de nos matières premières ayant avec comme corollaire la destruction du couvert végétal et la génération des quantités de déchets industriels. « La pollution génétique est d'autant plus dangereuse qu'elle affecte des générations d'espèces hybrides et susceptibles de créer des espèces sauvages non contrôlées », affirme l’écologiste. Loin de dérouler un discours alarmiste, il pointe du doigt les experts (Universitaires) nationaux de la biosécurité qui brille par leur silence actuellement. « Leur silence ne rassure pas bien que le Cameroun soit doté d'un arsenal de loi et de règlements en la matière. Sont-ils pour autant connus du grand public ? », S’interroge l’expert.

Ghide

Germain Salla, promoteur de l'Institut des matières premières (IMP)

Germain Salla, promoteur de l'Institut des matières premières (IMP)

Germain Salla

« L’inquiétude des Camerounais est normale et fondée »

Le promoteur de l’Institut des matières premières(IMP), également expert en commerce international revient sur l’impact des  produits du premier groupe sur les entreprises de transformation.

Quels peut être l’impact des produits du premier groupe sur les entreprises de transformation ?

A court terme, l’impact des produits du premier groupe sur les entreprises de transformation peut être positif dans la mesure où elles pourront désormais s’approvisionner sur place en  matières premières, matériel de production et autres intrants (qui constituent une bonne partie des produits du premier groupe) à des coûts compétitifs. Ceci a pour corollaire, la réduction des coûts de production et la mise sur le marché des produits moins chers. Mais à long terme, c’est le contraire qui risque de se produire. 

Est-il nécessaire pour le gouvernement d’autoriser l’importation des produits chimiques ou des déchets de produits alors que nous ne disposons pas de moyens de transformation aussi qualifié qu’en occident ?

A notre avis, la question ne se pose plus, ces produits faisant partie du premier groupe de l’accord, le Gouvernement dispose peut être des leviers sur lesquels il va agir.

Tout de même certains Camerounais semblent inquiets pour leur activité et pensent que ces produits vont détruire l’économie et qu’il n’est point nécessaire d’autoriser l’importation ? Notamment les déchets pharmaceutiques, la cocaïne etc.

L’inquiétude des Camerounais est normale et fondée. Il revient au gouvernement de réguler tout cela et il y dispose des leviers. Il peut recourir à la normalisation ; car, l’accès des produits dans un territoire sans paiement des droits de douane ne signifie pas non respect des règles en matière d’hygiène, de sécurité, de santé, d’environnement, de qualité. Il peut aussi prendre des mesures en matière de protection et de restructuration de certains secteurs d’activité.

A votre avis, puissent que les accords ont déjà été signés, que doivent faire nos industriels pour garder le cap. Et, la population pour se prévenir des différents dangers que peuvent apporter ces produits comme les maladies ?

A notre avis, les industriels camerounais doivent maintenant faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour leur survie. La première chose à faire est de concevoir les APE comme une opportunité et non une menace. Deuxièmement, mettre sur le marché des produits d’une qualité irréprochable, capables de concurrencer les produits étrangers. Troisièmement, développer des nouveaux marchés aussi bien au niveau national que  régional et international. Et de quatre, travailler sur les avantages comparatifs. Mais tout ceci a un coût qu’ils devront supporter. En seront- ils capables, toute la question est à ce niveau. Pour la population, il faut faire appel à la conscience et à la responsabilité de chacun. Les uns et les autres devront parfois faire le choix entre le moins cher et leur santé ou sécurité.       

Propos recueillis par Ghide

Retour à l'accueil