Environnement. Quel sort pour les vieux appareils électriques, électroniques et électroménagers usagés ?
Dans le but de lutter contre la pollution de l’environnement et préserver la santé de ces citoyens, le Minepded et le Mincommerce ont signé un arrêté conjoint fixant les conditions spécifiques de gestion des équipements électriques et électroniques, ainsi que l’élimination finale des déchets issus de ces appareils sur l’ensemble du territoire camerounais. Cet arrêté vient en fait compléter un ensemble de loi et décret déjà écrit au préalable pour réguler ce secteur. Mais, Tout comme cette arrêté conjoint qui date de depuis 2012, l’on constate que les vendeurs et les utilisateurs de ces équipements ne sont aucunement informer sur les dispositions à prendre face à ces appareils usagés.
Ghide
Etats des lieux
Un dispositif réglementaire déjà en place
Un arrêté conjoint du ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du développement durable (Minepded) et du ministère du Commerce fixe les conditions de récupération de ces déchets.
A partir du 17 juin 2015, date prévue pour la migration du système de radiodiffusion de l’audiovisuel de l’analogie vers le numérique, tout est parti pour qu’un grand nombre de téléviseurs à tube cathodique hors-service, soit reversé dans la nature. Selon les environnementalistes, ce rejet des anciens téléviseurs analogiques peut entraîner avec le temps un ensemble de problème sur l’environnement du Cameroun. Notamment à travers la pollution du sol. Pour remédier à ce type de désagrément, le Minepded et le ministère du Commerce(Mincommerce) ont à travers un arrêté conjoint, déjà fixé les conditions spécifiques de gestion des équipements électriques et électroniques ainsi que l’élimination des déchets issus de ces équipements. L’arrêté signé le 24 octobre 2012, vient en complément à d’autres lois et décrets sur les conditions de tri, de collecte, de stockage, de transport, de récupération, de recyclage, de traitement et de l’élimination finale des déchets au Cameroun.
Au regard de cet arrêté, l’on constate qu’il concerne aussi tous les équipements électroniques notamment téléphones portables, ordinateurs, tablettes, téléviseurs etc. Les équipements électriques dont : les scies circulaires électriques, transformateurs, moteurs électriques… et ainsi que les équipements électroménagers notamment, les frigidaires, machines à laver, réchauds à gaz, mixeurs etc. Tous ces appareils sont importés. Selon l’Annuaire statistique du Cameroun publié en 2011, par l’Institut national de la statistique(INS), les produits importés qui débarquent au port de Douala notamment machines et appareils sont estimés à 56 201 tonnes, en 2010. Et d’après les résultats des comptes extérieurs 2011 du Cameroun qui se limitent aux balances des règlements et de paiement, 202 786 tonnes de machines et appareils ont été importés pour un montant global de 470,5 milliards FCFA. Une augmentation de 34,1% par rapport à l’année 2010 où le Cameroun avait importé 95 410 tonnes pour un montant global de 350,7 milliards FCFA, lit-on sur le site internet Investir au Cameroun.
Selon l’article premier alinéa 2 de cet arrêté, « il s’applique également à tous les composants, sous-ensembles et produits consommables faisant partie intégrante du produit au moment de la mise au rebut ». En effet, il précise que les producteurs et distributeurs, sont par ailleurs responsables de la collecte et du traitement des déchets de ces appareils. Pour, le Minepded, ils doivent être recyclés parce qu’ils contiennent des éléments toxiques pouvant nuire à l’environnement et la santé des utilisateurs. C’est pourquoi, « ils ont pris cette décision, pour limiter les dégâts, et surtout éviter que ces équipements polluent la nature », affirme, Dieudonné Mbogning, chef service à la délégation régionale pour le Littoral du Minepded.
Dans le but de préserver cet environnement, les deux ministères vont plus loin en limitant l’entrée sur le territoire national des équipements non conformes aux dispositions des conventions internationales. Tel que cité en article 4 de cet arrêté : « la fabrication, l’importation, la détention en vue de la vente et la mise à la disposition du consommateur, des équipements électriques et électroniques sont soumises à l’obtention d’un visa technique préalable en vue de réguler, de réduire, ou le cas échéant, d’interdire les équipements non conformes aux dispositions des conventions internationales relatives à la protection de l’environnement ».
Récupération
Retourner les vieux appareils aux vendeurs
Le manque de communication sur la réglementation est évoqué par les consommateurs pour justifier l’ignorance de cette disposition.
Selon l’arrêté conjoint du 24 octobre 2012, du Ministère de l’Environnement, de la protection de la nature et du développement durable(Minepded) et du Ministère du Commerce(Mincommerce), les équipements électriques, électroniques et électroménagers hors-usages doivent être restitués à leur vendeur respectif. Une mesure dont bon nombres de Camerounais ignorent l’existence. « C’est la toute première fois que j’en entends parler, je ne savais pas qu’une telle mesure était mise en vigueur pour organiser la récupération des déchets des appareils usagers au Cameroun, d’ailleurs c’est vous qui m’en informez », affirme Sylvain Akono, technicien.
Cela dit, les vendeurs de ces appareils ignorent l’existence de cet arrêté. Approché, Rony Rayan, responsable d’une des boutiques de la société Ice Arkays, au quartier à Akwa à Douala, spécialisé dans la vente des téléviseurs à écrans plats et frigidaires affirme qu’il n’a jamais eu connaissance de cet arrêté. Idem pour Thierry Nto, employé dans l’un des espaces marchands de la société LG World Dee-lite qui accuse l’Etat de n’avoir pas communiqué sur cette mesure. « Le gouvernement ne nous a aucunement tenus informés de la manière dont il faut gérer ces déchets et c’est d’ailleurs pourquoi nous n’avons pas mis en place un système pour récupérer les appareils abimés comme le décline l’arrêté », fait-savoir Thierry Nto. Une ignorance qui nuit au consommateur qui, généralement, se trouve obligé de jeter ces déchets parmi les ordures ménagères.
Cependant, si cet arrêté venait à être mis en application, des difficultés feraient leur apparition. Notamment au niveau du recyclage de ces produits et des taxes. « Comment on va faire pour les récupérer et les transporter vers l’extérieur ; puisqu’ils ne sont pas fabriqués au Cameroun ? Et qui va payer les taxes pour faire sortir ces équipements ? », s’interroge un employé de la boutique Arkays à Douala.
Une autre source d’inquiétude est que, l’arrêté ne dit pas ce que deviendront les vieux téléviseurs achetés il y a plusieurs années, avant que cet arrêté ne soit pris. A la délégation régionale du Minepded, pour le Littoral, l’on nous fait savoir qu’une vaste action de sensibilisation pour récupérer ces appareils sera lancée par le gouvernement. Mais en attendant, il est indiqué dans l’article 5 alinéa 3 que :« pour chaque catégorie d’équipement qu’ils mettent sur le marché, les producteurs doivent par ailleurs pouvoir à la collecte sélective des déchets de ces équipements en mettant en place un système individuel de collecte sélective des déchets approuvés par décision du ministre chargé de l’environnement ».
Conséquences
Ces menaces qui pèsent sur l’environnement
Les vieux appareils électriques, électroniques et électroménagers sont responsables de nombreuses maladies et peuvent produire des effets néfastes sur l’environnement.
Le rejet des déchets des téléviseurs à tube cathodique, ordinateurs, téléphones portables, appareils ménagers et bien d’autres dans la nature, sont un danger pour l’environnement et la santé de l’Homme. Selon, les environnementalistes, ces équipements électriques, électroniques et électroménagers hors usages, contiennent des composants polluants comme le cadmium, le plomb, le mercure, le chrome hexavalent etc. De plus, ces produits peuvent par la suite être à l’origine de nombreuses maladies sur l’Homme. Notamment le Cancer. Outre cette pathologie, les produits toxiques que contiennent ces appareils, peuvent selon les spécialistes, endommager le système respiratoire de l’homme et provoquer chez ce dernier des infections, l’asthme etc. aussi, endommager son système reproductif (dérèglement hormonal, stérilité), son système nerveux, sa vue, sa peau, son système sanguin etc.
Sur l’environnement, le déversement des déchets d’équipements électriques, électroniques et électroménagers(DEEE) dans la nature contribue à la pollution des sols et sous-sols. C’est une menace qui préoccupe véritablement les environnementalistes. Car, les effets des DEEE peuvent être dévastateurs pour la race humaine. Ils concourent au développement du changement climatique. Ce à travers la production des gaz à effet de serre par des activités d'incinérations. De même que sur un sol cultivable, ces produits peuvent contaminer les produits agricoles et empêcher la croissance des plantes. Selon Dieudonnée Mbogning, ingénieur agricole et chef service M.sc. forestry option : biodiversity and forestry production au Ministère de l’Environnement, protection de la nature et du développement durable(Minepded), ces substances nocives présentent un fort potentiel de recyclage des matériaux qui les composent (métaux ferreux et non ferreux, métaux rares, verre, plastiques…). De ce fait, « il est nécessaire que tous ceux qui entrent dans la chaine de production et de distribution de ces appareils puissent en effet les récupérer et recycler pour d’autres fins », fait savoir l’ingénieur.
D’ailleurs ces DEEE, peuvent avoir un impact sur l’économie camerounaise. Car, ces déchets contiennent des métaux précieux tels que : l’Argent, l’or, le palladium, le cuivre et l’indium en particulier. Des produis qui peuvent stimuler la création d'emplois nouveaux et de revenus pour l'Etat camerounais. En effet, selon Martial Gervais Oden Bella, consultant – formateur, si les acteurs de la valorisation des déchets sont bien encadrés et accompagnés par des mesures incitatives. Ils pourraient bien utiliser ces déchets comme des matières premières pour de nouvelles entreprises.
Pour l’instand, selon l’arrêté conjoint du Minepded et du Ministère du Commerce (Mincommerce), les organismes ne peuvent exercer les activités suscitées qu’après l’obtention d’un permis environnemental délivré par le ministre chargé de l’Environnement.
Didier Yimkoua
«Il faut créer des sites de stockage »
L’écologiste propose des stratégies que peut mettre en place le gouvernement pour faciliter la collecte, le tri et le recyclage des DEEE.
Avec la migration de l’analogie vers le numérique, les Camerounais seront contraints d’ici quelques années de jeter leurs téléviseurs à tube cathodique, n’est ce pas un problème en perspective pour l’environnement ?
Il faut déjà noter que le ministère en charge de l’Environnement conscient de l’impact de ce basculement, a constaté au regard du nombre de ménage au Cameroun, qu’il y a près de 75 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques, électroniques et électroménagers(DEEE). Et c’est aussi au regard de cela que l’Etat a admis que, les anciens téléviseurs à tube cathodique pourraient utiliser un décodeur. Tout de même cette disposition, vient juste ralentir la pollution mais ce qui est sûr, quand ils ne seront plus en service, ils vont finir leur course à la poubelle. Et à long terme, ça va poser un véritable problème surtout au niveau de la santé publique, parce que la plupart des composants de ces déchets sont très toxiques. On parle d’écotoxicité c'est-à-dire ce sont des polluants qui peuvent détruire tout ce qu’il y a dans la nature, ce à partir des métaux lourds tels le mercure, plomb etc. De plus, il faut faire attention avec ce qu’on appelle le mécanisme de la bioaccumulation, parce que tout ce qui va dans la terre peut se retrouver chez l’homme à partir de l’alimentation. Nous avons constaté en nous rapprochant du gouvernement, qu’il y a quand même tout un arsenal juridique qui cadre la manipulation de ces types de déchets. Il y a quatre types de permis environnemental parmi lesquels le permis concernant le stockage, le transport et la valorisation des DEEE. Cependant, à l’heure actuelle, le pays ne possède aucun un établissement qui a la logistique de pouvoir détruire les DEEE. L’un des problèmes ici c’est la convention internationale de Bale qui est presqu’un frein. S’il faut vraiment éradiquer les déchets liés aux DEEE, il faut pouvoir trier et renvoyer cela à la maison mère. Et si on prend en compte tous les actes de la convention de Bale, ce n’est pas évident. Car on ne voit pas le pays qui va recevoir ce type de déchets, parce qu’ils contiennent des substances nocives.
Dans ce cas, qu’est-ce que le gouvernement camerounais peut faire pour organiser la collecte des DEEE ?
Tout d’abord, le gouvernement actuel doit s’appuyer sur les collectivités locales décentralisées, c'est-à-dire les mairies et les communautés urbaines qui sont des institutions très proches des populations. Et aussi s’appuyer sur les associations, les organismes de la société civile ou les communautés de base. Toutes ces associations qui s’occupent de la protection de l’environnement. Même à ce niveau, il peut toujours avoir un problème, car les DEEE doivent être manipulés par des mains expertes. Mais si les mairies sont dotées d’experts, je pense que ce sont des institutions qui sont capables d’organiser, le tri, la collecte et même le stockage. Mais je peux vous rassurer qu’il n’existe aucune structure au Cameroun présentement capable de détruire ce type de déchets. Donc, il faudrait que chaque commune soit capable de créer des sites de stockage, et de demander à la population d’aller y déverser les DEEE. Il est difficile de demander à un Camerounais d’aller remettre son téléviseur ou son réfrigérateur chez son fournisseur, surtout qu’aujourd’hui la plupart de ces appareils se retrouvent parfois chez le réparateur. Qui eux aussi leurs reversent dans la nature.
Les conditions d’obtention d‘un permis environnemental ne peut-il pas être considérée comme un frein pour éradiquer ces déchets ?
Ce n’est pas un frein. Il y a d’abord l’aspect pédagogique, la sensibilisation, il faudrait que ceux-là qui font des activités de brocante sachent que leur activité est-une activité dangereuse. Et, le permis environnemental est un outil pour pouvoir contrôler la traçabilité de tous ces déchets. De plus, il faut déjà savoir qui doit faire quoi dans cette filière, moi je sais qu’il y a deux ou trois structures qui ont déjà le permis environnemental.
Dans ce cas, il est évident qu’un tel procédé soit difficile dans notre contexte au regard du fait que les vendeurs et producteurs doivent gratuitement les récupérer et recycler…
C’est difficile à croire parce que ces produits sont des déchets des pays industrialisés. Ils proviennent de l’Occident. Et pour réduire l’accumulation de ces déchets, l’Etat doit essayer de revaloriser le prix à la Douane. C'est-à-dire, qu’ils doivent coûter chers au niveau de la douane pour réduire l’importation de ce type de déchets et donner la chance à ceux-là qui vendent les équipements de nouvelle génération. Il faut trouver les instruments, les outils pour pouvoir limiter l’importation de ces DEEE. Car ce sont des marchandises achetées dans l’informel. Ce n’est pas facile d’identifier le fournisseur, donc c’est très difficile de formaliser ce type de dépollution.
S’il arrivait que cet arrêté soit effectivement appliqué, que deviendront dans ce cas les vieux appareils qui ont été achetés il y a plusieurs années avant que cette mesure ne soit élaborée…
A ce niveau on comprend très bien les limites de l’arrêté, car l’Etat est pris à son propre piège. Parce que l’Etat a laissé à un moment donné se développer ce type d’activité juste parce qu’il avait besoin d’argent pour alimenter son budget. Mais aujourd’hui, l’Etat doit lui-même gérer ces paradoxes. Il n’est pas possible pour quelqu’un qui possède un vieux téléviseur qui date de 20 ans de retrouver son vendeur aujourd’hui. Si les bouteilles plastiques sont difficilement gérables, je ne pense pas qu’il sera de même avec les DEEE.
Propos recueillis par Ghide


